Entretien avec Ousmane Mbaye

Entretien avec Ousmane Mbaye, President, Chamber of Mines, Senegal

 

  • Le secteur minier sénégalais a considérablement évolué au cours de la dernière décennie. Quelles sont, selon vous, les réalisations les plus importantes du pays, et quelles leçons d’autres juridictions africaines pourraient-elles tirer de l’expérience du Sénégal ?

 

Le Sénégal a accompli des progrès remarquables au cours de la dernière décennie. Le premier acquis est sans doute la consolidation d’un cadre juridique et institutionnel relativement stable, qui a permis d’attirer des investissements significatifs dans l’exploration et l’exploitation minières.

 

Le deuxième acquis réside dans la diversification progressive de notre portefeuille minier. Au-delà de l’or, le Sénégal valorise aujourd’hui des ressources stratégiques telles que les phosphates, le zircon, les minéraux industriels et les matériaux de construction, ce qui renforce la résilience du secteur.

 

Le troisième acquis concerne l’amélioration de la contribution du secteur à l’économie nationale. Au-delà des chiffres, le secteur minier constitue aujourd’hui un levier majeur de souveraineté économique pour notre pays. Avec près de 5 % du PIB, plus de 30 % des exportations nationales et près de 10 % des recettes budgétaires de l’État, il contribue de manière significative à la croissance, à l’aménagement du territoire et au développement des communautés locales.

Le secteur des mines représente aujourd’hui plusieurs centaines de milliards de francs CFA d’investissements cumulés, des milliers d’emplois directs et indirects, ainsi qu’une contribution croissante aux recettes fiscales, aux exportations et au développement des territoires.

 

Enfin, le Sénégal a su maintenir un dialogue permanent entre l’État, les entreprises et les communautés, même si des défis subsistent. Cette culture du dialogue constitue un facteur essentiel de stabilité et d’attractivité.

 

La principale leçon que d’autres juridictions africaines pourraient tirer de notre expérience est qu’une industrie minière performante repose avant tout sur la prévisibilité des règles, la qualité de la gouvernance et la recherche constante d’un équilibre entre attractivité économique, souveraineté nationale et développement local.

 

  • En tant que Président de la Chambre des Mines, quelles sont les priorités essentielles qui guident actuellement les relations de l’industrie avec le gouvernement et les investisseurs ?

 

Notre priorité absolue est de préserver et renforcer la compétitivité du Sénégal en tant que destination minière de premier plan en Afrique.

Pour y parvenir, nous travaillons avec le gouvernement autour de plusieurs axes stratégiques : la stabilité réglementaire et fiscale, l’amélioration continue du climat des affaires, l’accélération des procédures administratives et la sécurisation des investissements.

 

Nous accordons également une importance particulière au développement des infrastructures structurantes comme l’énergie, la logistique, le transport et les services qui conditionnent la compétitivité des projets miniers.

 

Par ailleurs, la Chambre des Mines est fortement engagée dans la promotion d’un dialogue constructif entre les pouvoirs publics, les entreprises et les communautés locales afin de renforcer l’acceptabilité sociale des projets.

 

Enfin, nous portons une vision de partenariat responsable avec les investisseurs. Ceux-ci recherchent non seulement des ressources géologiques de qualité, mais aussi un environnement prévisible, transparent et propice aux investissements de long terme. C’est dans cet esprit que nous œuvrons quotidiennement.

 

  • Au-delà de l’attraction des investissements miniers, comment le Sénégal peut-il maximiser la création de valeur à long terme à travers le contenu local, le développement des compétences et la croissance industrielle ?

 

L’avenir du secteur minier africain ne se mesure plus uniquement au volume des investissements ou aux quantités extraites. La véritable question est celle de la valeur créée localement.

 

Le Sénégal dispose aujourd’hui d’une opportunité historique de transformer ses ressources naturelles en levier durable de développement économique et industriel. Cela passe d’abord par un contenu local ambitieux mais pragmatique, favorisant l’émergence d’entreprises sénégalaises compétitives capables d’intégrer progressivement les chaînes de valeur minière.

 

Le développement du capital humain constitue également une priorité. Nous devons investir davantage dans la formation technique, les métiers spécialisés, la recherche appliquée et l’innovation afin que les compétences sénégalaises occupent une place croissante dans les opérations et dans les fonctions à forte valeur ajoutée.

 

Parallèlement, il est essentiel de développer des activités de transformation locale chaque fois que les conditions économiques le permettent. L’objectif n’est pas simplement d’extraire des ressources, mais de créer des écosystèmes industriels générateurs d’emplois qualifiés, de technologie et de richesse durable.

 

La Chambre des Mines soutient pleinement cette vision d’une industrie minière créatrice de valeur partagée, intégrée au tissu économique national et capable de contribuer à l’émergence industrielle du Sénégal.

 

  • À l’approche du MOTA 2026, quel message souhaiteriez-vous adresser aux parties prenantes internationales concernant l’avenir minier du Sénégal et les opportunités émergentes en Afrique de l’Ouest ?

 

Le message que nous souhaitons adresser à la communauté internationale est clair : le Sénégal est ouvert aux investissements responsables et entend jouer un rôle majeur dans la nouvelle dynamique minière ouest-africaine.

 

Notre pays bénéficie d’atouts considérables : stabilité institutionnelle, potentiel géologique encore largement sous-exploré, infrastructures en amélioration constante, position géographique stratégique et volonté affirmée de construire des partenariats gagnant-gagnant.

Le MOTA 2026 intervient à un moment charnière où l’Afrique de l’Ouest s’impose progressivement comme l’une des régions minières les plus prometteuses du monde. Les besoins mondiaux en minerais stratégiques, la transition énergétique et la croissance démographique du continent créent des perspectives exceptionnelles.

 

Nous invitons les investisseurs, les fournisseurs de technologies, les institutions financières et les partenaires du développement à regarder au-delà des seules ressources minérales. Le véritable potentiel réside dans la construction d’écosystèmes industriels régionaux, fondés sur l’innovation, le contenu local, la création d’emplois et la durabilité.

 

Le Sénégal est prêt à prendre toute sa place dans cette transformation. Notre ambition est simple : il s’agit de faire des ressources naturelles non seulement une source de croissance, mais un moteur d’industrialisation, de prospérité partagée et de souveraineté économique pour les générations futures.

 

Le temps où l’Afrique exportait simplement ses ressources brutes touche progressivement à sa fin. Le défi de notre génération est de transformer nos richesses géologiques en richesses économiques, industrielles et humaines. C’est cette vision que porte aujourd’hui le Sénégal et que la Chambre des Mines entend promouvoir avec l’ensemble de ses partenaires.